Azur et Asmar
Un film de Michel
Ocelot
Deux frères, deux pays, deux cultures,...
Il était une fois deux enfants bercés par la même
femme : Azur, blond aux yeux bleus, et Asmar, brun
aux yeux noirs. Le premier était fils de châtelain, le
second celui de la pauvre servante sarrasine. Très vite
l’injustice des hommes les sépara mais, marqués par la
légende de la Fée des djinns que leur racontait leur
nourrice, une quête commune les réunit à
nouveau. Après la savane de Kirikou, Michel
Ocelot a dessiné pour ses deux héros un univers
merveilleux digne des Mille et une Nuits. Employant tous
les ressorts traditionnels du conte de fées, il réalise
aussi une fable moderne pleine d’humour. Celle-ci nous
enseigne que la haine de l’autre conduit à la misère
et à la mort, et que le partage, la solidarité et
l’échange des cultures sont les meilleures armes contre
les difficultés de la vie.
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Une intrigue élaborée
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Un conte traditionnel, une intrigue complexe, un décor des
« Mille et une Nuits ».
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Azur et Asmar reprend le principe du conte traditionnel, dans
lequel un héros subit un malheur ou un méfait, traverse un certain
nombre d’épreuves et de péripéties pour s'établir dans une
nouvelle vie. Mais ici les héros sont deux et le récit affirme sa
modernité en complexifiant son intrigue. Le scénario est bâti
autour de cinq parties auxquelles on pourrait facilement donner un
titre.
La première (« L’enfance ») se situe en
Europe et installe une situation initiale plutôt réaliste :
les deux garçons sont élevés par Jenane dans un strict respect
d’égalité. Mais la rivalité et l’injustice s’installent à
cause de la différence de condition des personnages. L’action est
complètement lancée lorsque Jenane et Asmar sont chassés du
château. Cette séparation constitue le premier élément
modificateur. Après une ellipse importante, Azur, grandi, entreprend
d’aller délivrer la Fée des djinns.
La deuxième partie (« De
l’autre côté de la mer ») plonge Azur dans ses premières
péripéties : pauvre et rejeté à cause de la couleur de ses
yeux, il décide de les fermer désormais et devient un mendiant
aveugle. Cette situation rappelle davantage le roman d’apprentissage
que le conte de fées. Avec Crapoux, compère rusé qui, lui, feint
d’être paralysé, Azur trouve cependant deux des trois clefs
destinées à le conduire jusqu’à la fée.
Dans la troisième
partie (« Jenane et Asmar retrouvés »), les premières
difficultés disparaissent, les retrouvailles constituant un premier
élément de résolution. Azur est sorti de la misère et peut avec
Asmar continuer sa quête.
La quatrième partie (« Les
épreuves ») plonge les deux héros dans une suite de
péripéties dignes des meilleurs récits d’aventures et plus
classiquement dans l’univers merveilleux des contes de fées.
Attaque de brigands, rencontre d’animaux fabuleux, énigmes exigent
des héros courage physique et bon sens.
La dernière partie (« Un
dénouement heureux ») rassemble enfin tous les personnages et
s’achève dans un grand final, sur une note d’humour, à l’instar
des grandes féeries musicales.
Un merveilleux
teinté d’humour

Le Lion écarlate est une invention de Michel Ocelot.
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L’histoire comporte des éléments propres au merveilleux et
présents dans les contes les plus célèbres. Tout d’abord les
lieux : la maison de Jenane, le palais de la princesse et celui
de la Fée des djinns sont immenses et fastueux. On y trouve chaleur
et assistance, amour et bonheur après les épreuves. Au contraire,
la forêt sombre, les grottes et le désert, lieux des épreuves où
le héros affronte le mal, sont peuplés d’êtres menaçants. Si,
dans ce bestiaire fantastique, le Lion écarlate est une invention de
Michel Ocelot, l’oiseau Saïmourh, lui, est un animal mythique des
contes persans, l’« oiseau roc » qu’on retrouve
notamment lors du second voyage de Sindbad dans les Mille et une
Nuits. Viennent ensuite les objets magiques qui sont comme souvent au
nombre de trois : trois clefs pour passer trois portes ;
une fiole d’invisibilité ; une plume et un bonbon qui permet
de parler la langue des fauves pour arriver jusqu’à la Fée des
djinns.
On notera cependant que des personnages échappent aux
règles traditionnelles du conte. La princesse, qui est en général
l’objet de la quête du héros, surprend ici : Chamsous Sabah
semble plutôt une sœur de Kirikou. Quant aux djinns, qui font
partie du folklore arabe oriental, ils n’ont jamais été
représentés. Michel Ocelot les interprète ici très librement et
en fait de petits personnages comiques. Enfin d’autres éléments
portent le conte vers l’humour : les bagarres et disputes
entre Azur et Asmar, par exemple, et surtout le personnage
caricatural de Crapoux, aussi laid, couard et aigri qu’Azur est
beau, courageux et pur.
L’aventure de l’altérité

Azur, blond aux yeux bleus et Asmar, brun aux yeux noirs.
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Quelle morale recèle donc ce conte ? Azur et Asmar doivent
délivrer la Fée des djinns pour arrêter la guerre. Mais aussi
louable soit-elle, cette morale reste assez vague, la quête des deux
garçons se situant plutôt dans un apprentissage de la tolérance et
de la solidarité.
La première séquence du film donne le ton.
Les deux bébés ouvrent respectivement les yeux : l’un a un
regard bleu, l’autre un regard brun. Les premiers plans sont
alternés selon une stricte symétrie et montrent que malgré leurs
différences et grâce à Jenane, tout est rigoureusement partagé
entre les deux enfants… y compris les parts de gâteaux.
L’équilibre est rompu lorsque le père d’Azur refuse de
considérer les garçons comme égaux et dénie à Asmar toute
noblesse. Quand Azur se retrouve de l’autre côté de la mer, il
est à son tour pauvre et rejeté. C’est Jenane qui rétablit
l’équilibre en restaurant l’égalité et le partage. La
véritable épreuve des deux frères de lait sera alors de
transformer leur rivalité en émulation pour bâtir une fraternité
solide, capable de construire un monde plus libre.
La leçon du
conte c’est aussi de refuser ce que l’on pourrait appeler la
« Crapoux attitude ». L’arrivée d’Azur sur la terre
étrangère est symbolique : confronté au rejet, tout lui
paraît sinistre au point de choisir de fermer les yeux. Crapoux le
renforce dans sa détermination : il n’aime rien de ce qu’il
voit, juge tout trop éloigné de sa culture d’origine. Or les
préjugés sont partagés : Crapoux et Azur sont victimes de
discrimination en raison de la couleur de leurs yeux. La superstition
est dénoncée comme un facteur de racisme. Certains personnages
luttent contre les comportements de rejet : Jenane parce qu’elle
aime ses deux « fils » ; la petite princesse mue par
une insatiable curiosité ; le sage, enfin, homme de grande
culture. Ce dernier, un savant juif (une étoile de David orne sa
maison), qui connaît l’hébreu et le grec, précise lui-même
avoir trouvé dans ce pays d’Orient un refuge où sa culture est
respectée. Les langues, à ce titre, ont la part belle dans le film,
et l’arabe, qui y est très présent, s’entend sans sous-titres.
Grâce à la répétition ou l’organisation des situations, le
spectateur qui ne le comprend pas peut suivre sans difficulté le
déroulement de l’intrigue. Preuve qu’une langue « étrangère »
ne constitue pas forcément une barrière !


La ville arabe restituée avec précision.
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Récit d’aventure, conte, comédie, Azur et Asmar restitue
aussi avec une précision documentaire de nombreux aspects du monde
arabo-musulman et rend hommage à l’art du Moyen Âge des deux
côtés de la Méditerranée.
Le périple d’Azur et Asmar fait
découvrir au spectateur l’importance de l’organisation de la
ville arabe, que Chamsous Sabah, du haut de l’arbre sur lequel elle
a grimpé, contemple dans la nuit orientale et dont elle nomme les
différents bâtiments publics : l’université, l’hôpital,
la mosquée, la synagogue... Systèmes d’irrigation, activités
artisanales, commerce des épices sur les marchés sont autant
d’éléments qui dressent le portrait d’une économie prospère.
Le palais de la princesse et surtout son observatoire témoignent
aussi de l’intérêt marqué par les Arabes pour la science, avec
les labyrinthes, les pièces d’eau et surtout les instruments et la
coupole amovible qui permet d’étudier les astres.
La beauté
visuelle du film, enfin, s’accorde à la grandeur de son message de
tolérance. Le palais de Jenane qui ressemble à l’Alhambra de
Grenade, les décors de la grotte de la Fée dessinés d’après la
Mosquée bleue d’Istanbul succèdent aux demeures européennes de
l’enfance tout droits sortis des Riches Heures du Duc de Berry ou
de tableaux flamands. Et quand telle forêt évoque un paysage
luxuriant du Douanier Rousseau ou tel jardin une miniature persane de
l’époque séfévide (XVIe siècle), quand un effet de
silhouette digne d’une composition d’affiche « art déco »
s’inscrit sur un fond de zelliges ou d’enluminures médiévales,
c’est pour instaurer, par-delà les siècles et les frontières
entre les cultures, un dialogue intemporel qui exalte la beauté du
monde.
Anne Henriot
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RÉSUMÉ
DU FILM
La
Sarrasine Jénane nourrit deux bébés : son petit Asmar, brun aux
yeux noirs, et Azur, blond aux
yeux
bleus, le fils de son maître. Elle les élève en leur parlant de la
fée des Djinns. Azur et Asmar
sont
compagnons de jeux jusqu’au jour où le châtelain chasse la
nourrice et Asmar. Devenu adulte,
Azur
veut réaliser son rêve : délivrer la fée des Djinns. Il fait
naufrage dans un pays où les yeux bleus
portent
malheur et dont il reconnaît la langue : celle de Jénane. Il
choisit de fermer les yeux et se fait
guider
par Crapoux, un concitoyen aigri, laid et voleur. Ils sont tous les
deux venus là pour délivrer la
fée
et décident d’unir leurs talents ... Les yeux fermés, Azur trouve
deux clés magiques utiles pour
leur
quête. Dans la ville, il reconnaît la voix de sa nourrice, devenue
une grande marchande. Elle
l’invite
chez elle. Il y retrouve Asmar qui, lui aussi, veut délivrer la fée.
Aidés dans leurs préparatifs par
un
sage et par la petite princesse Chamsous Sabah, les trois intrépides
partent dans la montagne,
déjouent
les pièges d’un marchand d’esclaves et passent avec succès les
épreuves magiques : le lion
écarlate,
l’oiseau, les portes ... Ils parviennent enfin dans la salle des
lumières. Asmar, à l’agonie,
est
porté par Azur. La brune fée des Djinns choisit finalement Azur, et
la blonde fée des Elfes Asmar,
ressuscité.
Quant à Crapoux, il est séduit par Jénane.
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(Source
: Les Fiches du cinéma)